samedi 5 octobre 2013

17 ème balade en vignes: vitesse 22

En route vers la cave coopérative.
Je vous invite à une balade à 22 km/h...

Pour les vendanges nous sommes trois « associés ». C’est à dire que nous avons le personnel en commun ; pour deux d’entre nous, nous travaillons vraiment ensemble. La troisième ayant sa cave particulière est bien plus autonome que nous qui sommes en cave coopérative, c’est à dire tributaire de nos caves respectives, c’est pourquoi nos vendanges durent si longtemps !
Pour se rendre à ma cave coopérative, il y a trente kilomètres aller retour, ce qui fait,
 avec le vidage et le nettoyage, entre 1h ½ et 2 h de route.
A la vitesse de 22 km/h.

Alors on a le temps de regarder le paysage ; et de laisser vagabonder son esprit.
J’en suis à plus de 10 000 km de route et mon coéquipier également, depuis 1990 où j’ai pris l’exploitation ; soit 600 heures de route (chacun ) à 22 km/h.
J’aime assez ces moments là, malgré le froid, parfois, la pluie, rarement, la fatigue souvent, les secousses et les douleurs tous les jours.
Nos tracteurs sont vieux, sans cabine, sans suspension, sans confort…et j’en passe de pires.
Mais on voyage à l’air libre et on en prend plein les yeux et les narines ; pas plein les oreilles car avec le bruit du moteur, on n’entend rien d’autre.


Je vais donc vous faire partager mon voyage et mon ressenti.

On quitte le village, parfois seul, parfois en convoi, et on « descend » doucement vers la plaine. C’est à dire que l’on va passer de l’altitude 150 à l’altitude 50.

La chaîne des Albères sera tout au long du voyage notre principale toile de fond, puisque parallèle à notre route : elle varie sans cesse de relief, d’ombres et de lumière qui la creusent ou l’aplatissent, la rendent verte, bleue et même mauve : on en prend plein les yeux.


Les Albères










Très près de chez nous, on croise l’autoroute, celle des vacances en Espagne, qui initie en ce moment son élargissement à trois voies après 35 ans de service intensif.


Quelques centaines de mètres plus loin, la LGV lui est parallèle, mise en service entre Perpignan et Figueras en décembre 2010. une toute jeune ligne qui a son élément insolite sur ma commune : le « saut de mouton ». C’est un pont aérien qui permet au TGV de changer de voie car si en France les trains roulent à gauche, en Espagne c’est à droite. C’est ici que ça se passe, juste à la sortie du grand tunnel du Perthus (plus de 4 km).
 Une voie franchit l'autre au moyen d'un pont.


Le seul village de notre route est Banyuls dels Aspres perché sur une colline de 50m de haut.
Le traverser relève du parcours du combattant tant c’est accidenté : il faut être très vigilants.
parce qu'on porte du poids, qu'on roule à gauche en descendant (par force) et que nos freins...euh...
Mais il y a des parfums capiteux de haies, en ce moment et c’est enivrant.

Banyuls dels Aspres


Parcours du combattant








A l'entrée du village une ancienne cave de vigneron a un mur splendide mais tout bombé qui tient bien en équilibre: j'ai toujours peur qu'il nous tombe sur la tête!



Ensuite, on domine une mer de vignes et au loin on voit la vraie mer. C’est un joli parcours.
Quand la tramontane souffle, on se cramponne au volant et on a du mal à respirer.
C’est une grande ligne droite où des bolides nous doublent ; les sols des vignes sont très caillouteux, terrasses fluviales d’autrefois, et les parfums sont ceux des vignes : le feuillage a une odeur acide pendant la vendange.














(Toutes mes photos sont prises en conduisant: pas possible de cadrer.)





Plus loin, on franchit le Tech par un pont à claire voie et je m’amuse avec le graphisme des ombres sur la voie. Le pont n’est pas très large, il faut veiller à la trajectoire et ne pas trop rêver.  Mais je regarde toujours l’eau. C’est beau.





Le Tech

Roseaux du midi
C’est une « frontière » entre terres sèches et terres « humides ». La texture des sols change, de même que les cultures et les odeurs. C’est le domaine de l’eau, des roseaux et des vergers de pêchers.. Il y a aussi des cultures de fleurs. Cela sent la terre fertile, l’humus, l’eau et parfois même le pourrissement des végétaux, à la fin des vendanges. J’adore les odeurs du trajet.

Et je ne m’ennuie jamais. Malgré la monotonie de ce trajet fait des centaines de fois.
Je conduis mais si je scrute paysage et odeurs, je songe, j’écris dans ma tête, je me remémore des souvenirs ou bien je fais des projets.
C’est sur cette partie de route, étroite et avec quelques courbes que la conduite est dangereuse : chaque année les conducteurs sont de plus en plus impatients, imprudents, doublant en dépit du bon sens sans penser que notre corps sert de carrosserie ! Je me fais de belles frayeurs.
Enfin on arrive à la coopérative, grand bâtiment des années 30


Cave de St Génis des Fontaines

A la cave coopérative, il y a un rituel: la prise de degré, le pesage et le vidage.
La prise de degré s'effectue avec une carotteuse , c'est la méthode moderne mais c'est à la cave de mon coéquipier car nous ne sommes pas à la même coopé.


Cave de Passa

Pilotage de la carotteuse

Lecture du réfractomètre qui donne la teneur en sucres.
Ce sucre sera transformé en alcool naturellement
pendant la vinification

A ma cave coop, c'est plutôt style paléolithique ( de pal = bâton en catalan) !




Lecture du réfractomètre
outil incontournable
Enfin on touche au port c'est à dire qu'on va vider au quai.


Cave de Passa

Cépage syrah, vendange mécanique

Jolie couleur du jus de raisin


Cépage carignan
Vendange manuelle
Le retour peut alors commencer, en sens inverse, vent debout souvent, pendant plus d'une demi heure: chemin à l'envers, autres sensations, autres vues, autres parfums. Chaque heure du jour a ses parfums, ses saveurs: parfois on fait trois voyages, dans la journée, on a le temps d'en profiter! A 22 à l'heure!

Mon voyage préféré, car le plus nostalgique, est le dernier; non parce que la vendange finit (ça c'est tant mieux) mais parce que j'aime la route. Pour tout ce que je vous ai raconté...
Un jour, je ferai le tout dernier de ma carrière : et là, je serai triste!

Quand on arrive, à la fin de la journée, le ciel devient souvent un paysage en cette saison.
Le Canigou encapuchonné
Les Albères majestueuses


Le Bugarach audois














Et croyez vous que ce soit fini?
Mais non! Il faut encore aller toiletter le matériel!



Toilette de fin de journée: pour nous, 3 minutes,
pour la machine, une heure.


Et elle, ça la fait rire de toutes ses dents !!!




12 commentaires:

  1. toutes les images sont très belles, et très intéressantes. On connait beaucoup mieux, tout le travail que cela représente. Cela doit être difficile lorsque le temps tourne au vent et à la pluie.
    J'aime beaucoup le magnifique tableau qu'offre le ciel au retour.
    Merci beaucoup, bisous
    Laurence

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  2. Mon billet est un peu long mais à la mesure de la lenteur du trajet; on a c'est vrai, à cette saison, de beaux ciels. Le matin aussi. Bises

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  3. Quel boulot ! Merci de nous permettre de te suivre, c'est vraiment passionnant. Et de belles photos en prime. J'adore...

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    1. Merci Pastelle; j'aime ce boulot c'est parfois du sport, mais la vie en plein air me ravit! Depuis mon enfance

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  4. Ton reportage nous apprend quantité de choses. Maintenant
    lorsque je choisie une bonne bouteille de vin, j'imagine tout
    le parcours du raison. De la vigne... au verre !! Un sacré
    boulot que le tien. Une question Lison : tes vignes, c'est
    un héritage familial ? ta famille était déjà là-dedans ?
    Je t'embrasse et te souhaite une bonne fin de dimanche.
    ELZA

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    1. Oui, c'est un héritage familial, les vignes de mes grands parents, puis de mes parents. Je m'en suis toujours occupée avec beaucoup d' AMOUR, mais je vais cesser presque tout en 2015, je garde le minimum.(3 parcelles sur 11). Pour continuer ce que j'aime et pouvoir faire d'autres activités, surtout plus de montagne. Je t'embrasse

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  5. Bonsoir chère Lison!
    Un très beau et intéressant billet et beaucoup des belles photos avec ton travail et le paysage!
    J'adore le vin et je trouve ton travail avec des grappes magique!
    Je te souhaite une belle soirée!
    Jet ' embrasse!

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  6. je crois que beaucoup de personnes apprécient de plus en plus le vin; c'est plus qu'une boisson, c'est la vie même, une vigne peut vivre cent ans, c'est toute une histoire qui est inscrite dans un verre de vin, un paysage aussi et une oeuvre d'art enfin. C'est mon point de vue perso... Bises à toi si loin

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  7. Quelle belle expérience de vie que ton activité et quelle belle façon tu as de nous en parler.. tes photos sont parlantes "Le canigou encapuchonné" j'adore... tes talents de conteuse me ravissent.. Bisous et bonne soirée, je file rejoindre ma chorale.

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    1. moi je conte, toi tu chantes...ça je sais pas faire, mais alors pas du tout! Moi je fais des photos, toi tu peins...et ça non plus je sais pas faire du tout ! Bisous

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  8. Réponses
    1. Bonjour, Monik, merci! Le système paléolithique a bien du vous amuser!

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